Représentation de l'obésité

Je vous invite à faire l’exercice suivant sur le web : tapez le mot « obésité » sur un moteur de recherche et sélectionnez les images. Que voyez-vous? Des troncs sans tête, des gros bourrelets où un galon à mesurer se retrouve bien souvent coincé, des débordements de masse grasse et des vêtements trop petits.

Cette représentation de l’obésité ne correspond pas à celle que je côtoie tous les jours dans la rue, dans les lieux publics, à mon travail ou dans les transports en commun. Pour ce billet, j’aborde la représentation de l’obésité en cinq points.

1. Nourriture sans arrêt

Sur le web, le tronc sans tête mange constamment. Il peut aussi bien tenir dans ses mains un hamburger à cinq étages, de la pizza, des beignes ou un baril de boisson gazeuse. Sur ces mêmes images, lorsque le tronc sans tête est accompagné d’une personne mince, cette dernière ne se nourrit que de pommes ou de laitue, insinuant qu’elle mange correctement. À la télé, la personne obèse mange sans arrêt… C’est stigmatisant.

2. Mots pour parler d'obésité

Les mots « lutte » et « épidémie » sont maintenant associés à l’obésité. Toutefois, cette lutte contre l’épidémie d’obésité se serait-elle transformée en lutte contre les personnes obèses? Je crains que oui. D’ailleurs, on parle parfois d’obèses, mais pourrait-on spécifier des personnes obèses? Ces personnes ont aussi une vie familiale, un travail et des activités sociales, elles ne font pas qu’être en surpoids.

3. Obésité dans les médias

La façon négative dont l’obésité est représentée dans les médias renforce les préjugés à l’égard du surpoids. On présente trop souvent les personnes obèses comme étant paresseuses, pas vraiment intelligentes, peu attirantes et à l’aspect général négligé. Cette représentation me semble bien étrange puisque le rendement, l’intelligence, la beauté et l’hygiène personnelle ne sont pas corrélés avec le poids des personnes. 

4. Conséquences sur la santé

La personne obèse jugée sévèrement pourra avoir tendance à manger davantage, à refuser de poursuivre ses efforts afin de perdre du poids, à ne pas se présenter à un examen médical afin d’éviter de se faire sermonner, de même qu’à réduire sa pratique d’activité physique afin d’éviter les regards désobligeants. Alors si la personne obèse est jugée autant pour sa sédentarité que pour sa pratique d’activité physique, quelle option lui reste-t-il? 

5. Représentation réaliste

Les communications destinées à la population en matière d’obésité devraient cibler des images visant à accroître l’estime de soi, plutôt que de stéréotyper, blâmer ou désinformer. Ces images devraient inclure des hommes et des femmes de tous les âges, d’apparences variées et avec différentes carrières, activités et habitudes de vie. À cet effet, le Canadian Obesity Network et le Rudd Center for Food Policy and Obesity proposent des banques d’images adéquates.

Ma réflexion ne se veut pas complaisante envers l’obésité car la situation actuelle est préoccupante. L’obésité a des conséquences sérieuses, mais le fait de représenter les personnes obèses avec des images dégradantes ne fait maigrir personne.

Références

Puhl RM et coll. The stigma of obesity : a review and update. Obesity (Silver Spring). 2009;17:941-64. 

Gravel K et coll. Stigmatisation liée au poids corporel : quoi? pourquoi? comment? Bulletin de santé publique de l'Association pour la santé publique du Québec. 2011;33(2):27-30.