Si je n’étais pas si gourmande…

Dans le cadre de mon travail de nutritionniste, il m’arrive souvent d’entendre : « Mon problème, c’est que je suis gourmande! » ou encore « Si je n’étais pas si gourmande, j’aurais peut-être moins de difficulté avec mon poids ». Comme ce « problème » est presque toujours mentionné par des femmes, j’ai volontairement utilisé la forme féminine dans les commentaires rapportés. 

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À l’approche des festivités de Noël associées à l’abondance alimentaire, la gourmandise est considérée comme un vice, un péché ou quelque chose de « grave ». Mais si elle est synonyme de péché et de gloutonnerie pour certains, la gourmandise semble être associée au plaisir et à l’art d’apprécier la gastronomie pour d’autres… dont moi!

Pour ce billet, je vous présente quatre mises au point concernant la gourmandise.

1. Le gourmand n’est pas un glouton

Le gourmand mange avec envie et aime les meilleurs morceaux, alors que le glouton mange avec excès et probablement à un rythme très rapide. C’est différent! « Celui qui distingue la vraie saveur de ce qu’il mange ne sera jamais un glouton; celui qui ne le fait pas ne peut pas être autre chose ». Cette citation de Henry David Thoreau, essayiste et philosophe américain, reflète bien la distinction entre les deux concepts. Le gourmand prend le temps de déguster ce qu’il mange et boit, alors que le glouton s’apparente plutôt à un prédateur qui dévore son repas!

2. Le gourmand mange de façon consciente

Le gourmand a tendance à manger de façon consciente et à être attentif à ses préférences alimentaires, comparativement à manger tous les aliments qui se trouvent devant lui, indépendamment de son niveau de plaisir gustatif. En mangeant de façon plus consciente, le gourmand ressentirait mieux la diminution du plaisir gustatif qui s’estompe en même temps que sa faim. Ainsi, le gourmand risque davantage de s’arrêter de manger au bon moment, c’est-à-dire lorsqu’il se sent satisfait et rassasié.

3. Le gourmand ne mange pas plus que les autres

Dans les définitions de la gourmandise, on ne mentionne pas de quantité d’aliments ou d’excès potentiels de la part du gourmand. Cette confusion provient de la religion catholique où la gourmandise est le septième péché capital qui est synonyme d’excès, de goinfrerie et de gloutonnerie. Le gourmand semble plutôt avoir du plaisir à manger les aliments dont il a envie, dans une quantité qui correspond à sa faim. À cet effet, Alphonse Daudet, écrivain et auteur français a cité ceci : « La gourmandise commence quand on n’a plus faim ». C’est bien vrai!

4. Le gourmand ressent du plaisir à manger

Vous ressentez du plaisir à manger? J’en suis ravie puisque la satisfaction et le plaisir de manger favorisent des comportements alimentaires sains, tel que mentionné dans mon billet Plaisir de manger et prise alimentaire. Être gourmand, c’est aussi être capable de s’abandonner aux plaisirs alimentaires quotidiens, choisir avec soin ses recettes et ses ingrédients, faire ses emplettes dans ses épiceries préférées, s’attarder aux couleurs et aux odeurs des aliments, découvrir de nouvelles saveurs, etc. Le gourmand ne culpabilise pas son plaisir de manger!

Et si le gourmand était parfaitement normal?

Le gourmand est loin d’avaler ses aliments tout ronds et de trop manger. Le gourmand a plutôt tendance à manger consciemment et à ressentir du plaisir à manger. C’est bien non? Si vous êtes la cible de taquineries insinuant votre gourmandise durant la période des Fêtes, j’espère que mes mises au point vous seront utiles et que vous me raconterez!

Ressources et référence

Deux livres : 1) La gourmandise - Freud aux fourneaux. Patrick Avrane, Éditions du Seuil, 2009. 2) Physiologie du goût. Brillat-Savarin, Flammarion, 2009. Un coup de coeur de voyage : La librairie gourmande, 92/96 rue Montmartre, 75002 Paris. 

Mathieu J. What should you know about mindful and intuitive eating? J Am Diet Assoc. 2009;109(12):1982-1987.