Cinq choses à savoir sur l’indice de masse corporelle

1. Son histoire

En 1831, le statisticien belge Adolphe Quetelet voulait mieux comprendre l’évolution de la corpulence des enfants, dans un contexte où leur taille augmente. Il s’intéressait à la dynamique corporelle et non à créer des catégories de poids. En 1911, les premiers tableaux d’IMC ont été développés par les compagnies d’assurance, afin de classer les formats corporels en fonction de leur longévité. À partir de 1998, l’utilisation de l’IMC s’est imposée.

2. Ses limites

Dans un rapport d’experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié en 1995, on mentionne que les seuils d’IMC ont été établis selon une méthode arbitraire. On suggère même de réviser cette méthode. L’IMC ne considère pas la composition corporelle, ni la répartition de la masse adipeuse, ni l’âge, ni le sexe, ni l’ethnie, ni l’histoire pondérale, ni le mode de vie, ni les comportements alimentaires, etc. Mais il est simple à mesurer.

3. Une norme médicale

La mesure de l’IMC est une norme médicale s’adressant à des populations et non à des individus. Toutefois, sa diffusion sans précaution dans le public a transformé cette mesure en norme sociale. Cela devient un problème puisque les personnes qui n’atteignent pas le poids considéré normal sont jugées comme étant déviantes. À cela s’ajoute la préoccupation à l’égard du poids qui peut conduire à des inquiétudes non fondées et à des décisions inappropriées.

La mesure de l’IMC est une norme médicale s’adressant à des populations et non à des individus.

4. Ses effets potentiels

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la pression pour atteindre un poids considéré normal n’est pas liée la santé. Le discours sur l’IMC et le poids normal risque plutôt de mener à des préoccupations concernant l’alimentation et l’image corporelle, à des comportements motivés par la peur et à de la culpabilité, à l’impression de devoir contrôler son poids et à des variations cycliques de poids, de même qu’à des attitudes grossophobes.

5. Le poids idéal

Le poids idéal n’est pas déterminé par l’IMC ou par un chiffre sur le pèse-personne. C’est impossible puisque notre poids dépend de plusieurs facteurs, comme l’histoire pondérale, l’ossature, les capacités physiques, la masse musculaire et l’âge. Cela me semble plus réaliste de s’attarder à son poids naturel. Plutôt que d’occuper ses pensées à vouloir maigrir, on devrait plutôt se demander ce que l’on peut faire pour se sentir mieux dans sa peau.

Si le poids d’une personne présente un risque pour sa santé, on doit s’en occuper mais pas n’importe comment. On évalue ce qui peut être amélioré au niveau de sa relation avec la nourriture, de son image corporelle, de ses habitudes de vie, etc. Cela demande de la bienveillance et du discernement.

Mon analyse de la littérature scientifique concernant l’IMC me confirme que je vais continuer de travailler en collaboration avec des personnes et non avec des chiffres.

Association pour la santé publique du Québec. La face cachée et l’imposture des produits, services et moyens amaigrissants (PSMA). 2015.

Komaroff M. For researchers on obesity: Historical review of extra body weight definitions. J Obes. 2016.

Lecerf JM. Les dessous des régimes amaigrissants : raisons et déraison. Chapitre 9 dans : Les alimentations particulières. Mangerons-nous encore ensemble demain? Sous la direction de Claude Fischler. Odile Jacob. 2013.

Poulain JP. Sociologie de l’obésité. Presses Universitaires de France. 2009.

Rodgers RF. The role of the “Healthy Weight” discourse in body image and eating concerns: An extension of sociocultural theory. Eat Behav. 2016;22:194-198.

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